Archives Mensuelles: mars 2012

Entre chiens et loups, de Malorie Blackman

Entre chiens et loups, de Malorie Blackman



Quatrième de couverture

Imaginez un monde. Un monde où tout est noir ou blanc. Où ce qui est noir est riche, puissant et dominant. Où ce qui est blanc est pauvre, opprimé et méprisé. Un monde où les communautés s’affrontent à coups de lois racistes et de bombes. C’est un monde où Callum et Sephy n’ont pas le droit de s’aimer. Car elle est noire et fille de ministre. Et lui blanc et fils d’un rebelle clandestin.

 Et si ils changeaient ce monde ?
Nbr de pages : 527 / Éditeur : Milan Macadam / Titre VO : Noughts and crosses

Mon avis

Un très beau résumé qui promettait un roman poignant, prenant, original. Pour une fois, je n’ai vraiment rien à redire ; tout est parfait. Ce livre… Wahou… Un pur régal ! C’est un énorme coup de cœur : ce livre m’a submergée d’émotions du début à la fin. Ça faisait longtemps que je n’avais pas été autant séduite par une histoire.

 Malorie Blackman nous offre vraiment un roman accompli, d’une force et d’une justesse incroyables. Un thème vieux comme le monde : le racisme. Mais pas une histoire comme les autres ! Inversez les tendances, imaginez un monde où les Primas, les Noirs ont le pouvoir et la richesse et où les Nihils, les Blancs vivent dans la misère, opprimés. Où les écoles pour Noirs sont interdites aux Blancs. Où les Blancs ne côtoient pas les Noirs, si ce n’est pour conduire leur voiture, servir leur nourriture et laver leur maison. Une dystopie sur le racisme qui sonne étrangement familier, et malheureusement bien trop réaliste. On découvre le racisme sous un jour nouveau, alors qu’il est le même que celui que l’on a sous nos yeux.

 « – Que se passerait-il si les Blancs avaient le pouvoir à votre place ?
Mon ami hoche la tête.
– Je n’y ai jamais réfléchi.
Je soupire.
– Moi si. Souvent. J’ai rêvé de vivre dans un monde sans discrimination, sans préjugés, où la police serait juste, la justice équitable, le système égalitaire…
– Eh bien ! C’est une thèse ou un conte de fées ? demande Jack sèchement.
– Comme je te l’ai dit, j’y ai souvent pensé.
– Je ne crois pas en cette société dont tu parles, Callum. Les gens sont ce qu’ils sont. Que ce soit les Primas ou les Nihils qui dirigent le monde, il ne changera pas. »

 Dans ce monde d’intolérance, de sauvagerie et d’inégalités, Callum et Sephy s’aiment, mais leur amour est impossible. Un Roméo et une Juliette, dans un monde impitoyable, où les hommes, Blancs ou Noirs, sont prêts à tout. On découvre la noirceur de la nature humaine, ce que la haine peut engendrer. Ici pas de raccourcis faciles, de happy end ou de solutions miracles. Ce livre soulève bon nombre de questions et on se rend compte que justement tout n’est pas noir ou blanc, que chacun est capable du pire comme du meilleur.

 Callum et Sephy se partagent le roman pour nous raconter leur vision du monde, l’amour qu’ils se portent, les difficultés de la vie, leurs peurs et leurs espoirs.

 « J’ai su que je t’aimais plus que tout au monde. Que je t’avais toujours aimé et que je t’aimerai toujours. Mais j’ai aussi compris ce que tu me répétais depuis toutes ces années. Tu es un Nihil, je suis une Prima et nous ne pourrons jamais vivre ensemble. Personne ne nous laissera jamais vivre en paix. Même si nous avions fui, comme je le désirais, ça n’aurait pas marché plus d’un an ou deux. Un jour ou l’autre, les gens auraient trouvé un moyen de nous séparer. C’est pour ça que je pleurais. C’est pour ça que je ne pouvais plus m’arrêter de pleurer. Pour tout ce que nous aurions pu vivre et que nous ne vivrons jamais. »

 On les rencontre quand ils sont encore tout jeunes et on les voit évoluer, devenir des adultes, faire des choix, se séparer, puis se retrouver. J’aime beaucoup ce genre de narration, j’ai eu l’impression de faire partie de l’histoire. À un petit moment, j’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs, mais avec le recul, je crois que chaque page est importante pour comprendre l’évolution des personnages. Ils ne prennent pas les chemins que l’on aurait aimé qu’ils prennent et ils ne deviennent pas nécessairement les héros que l’on attendait. Ils ont des défauts, parfois on les déteste, et ils nous surprennent tout au long du récit.

 Pour moi, ça a été une vraie bouffée d’émotions. C’est beau, triste, émouvant, dur, poignant. Vraiment, lisez-le.

Note : 9,5/10

Extras
Traductrice : Amélie Sarn
Première publication VO en 2002 et en français en 2005
Fiche Bibliomania
Il s’agit du premier tome d’une quadrilogie. Le tome 2 s’intitule La couleur de la haine.
Étant donné mon coup de cœur pour cette auteure,
j’ai décidé de faire mon mémoire de traduction sur un de ses livres 🙂

Ma deuxième contribution au Challenge ABC de Nanet !
Challenge ABC 2012
N° 2 dans le challenge ABC 2012 – Lettre B

Ne t’inquiète pas pour moi, de Alice Kuipers

Ne t'inquiète pas pour moi, d'Alice Kuipers

Mon résumé

Claire et sa maman ne se croisent pas souvent à la maison, alors elles se laissent des petits mots sur le frigo. Des bribes de vies d’une ado, qui traîne avec ses amis, qui se cache chez son père quand ça tourne mal, qui va faire les courses quand sa mère n’a pas le temps. Et une maman qui voudrait passer plus de temps avec sa fille, qui fait trop de gardes à l’hôpital, qui tombe des nues lorsqu’elle apprend qu’elle est très malade. Par Post-it interposés, elles vont prendre le temps de se dire les choses et de se parler à cœur ouvert.

Nbr de pages : 242 / Éditeur : Le Livre de Poche / Titre VO : Life on the refrigerator door

Mon avis

« Quand je te regarde
Je vois la femme que je veux être
Forte et courageuse
Belle et libre
Claire
P.S. : Je t’aime »

 On m’aurait dit qu’un aussi petit livre, composé de quelques post-it, saurait me mettre la boule au ventre comme ça, je n’y aurais pas cru. En quelques phrases, sorties du quotidien d’une ado, l’auteure a réussi à nous dévoiler toute la complexité et la beauté des relations mères-filles. Les moments d’amour, de complicité, mais aussi les engueulades, les coups durs. Alice Kuipers nous montre comment faire face à la maladie, comment évoquer les problèmes de la vie avec sa mère (ou sa fille). Elle réussit à nous toucher, nous émouvoir avec des pages de livre presque vides, avec une liste de courses, ou un petit message de deux-trois lignes.

 « Je reste optimiste tout en me préparant au pire, maman, ça te semble bien comme compromis ? »

 Construire son histoire sur des Post-it, c’est original, audacieux, mais risqué. Un challenge relevé avec brio. Ça se lit très vite, c’est beau, réaliste, triste, un vrai morceau de vie.
On débarque d’un coup dans le quotidien de Claire. On a à peine le temps de s’attacher à elle qu’on la quitte déjà. Une petite heure dans la vie de cette ado de laquelle on ressort bien chamboulé. C’est vrai que c’est un peu court, mais justement ce n’en est que plus percutant.
On se rend compte que ce n’est pas si facile de s’ouvrir à l’autre.

 « Parfois on dirait que c’est plus facile de poser les questions par écrit pour te demander comment tu vas et comment ça se passe avec le médecin, tout ça. »

 En refermant ce livre, on n’a envie que d’une chose : aller enlacer sa maman et lui dire comme on l’aime.

Note : 8/10

Extras
Traductrice : Valérie Le Plouhinec
Première publication : avril 2008
Fiche Bibliomania
Ne t’inquiète pas pour moi est le premier roman d’Alice Kuipers.

Challenge - Je vide ma bibliothèque

Enfin un roman de fini pour le challenge Je vide ma bibliothèque !

5 sur 15 (plus qu’un mois pour le finir..)

Envoûtement, de Cara Lynn Shultz

Envoûtement, de Cara Lynn Shultz

Mon résumé

Emma a perdu son frère jumeau et sa mère mais a hérité d’un beau-père violent qui a failli la faire tuer dans un accident de voiture. Seule au monde, elle décide d’aller vivre avec sa tante à New-York et de tout recommencer à zéro. Nouvelle école, nouveaux amis, nouvelle vie. Et elle compte bien ne révéler à personne son triste passé. Dans sa classe, elle rencontre un jeune garçon au regard d’émeraude, Brendan, par qui elle se sent irrémédiablement attirée. Elle se sent comme… envoûtée. Qui est-il ? Et pourquoi a-t-il volé à son secours alors qu’elle s’empêtrait déjà dans des mensonges sur son passé ?

Nbr de pages : 392 / Éditeur : Harlequin (Darkiss) / Titre VO : Spellbound

Mon avis

Vous allez me dire : « Encore une histoire à l’eau de rose, agrémentée d’un soupçon de paranormal, entre deux lycéens mystérieux étrangement attirés l’un par l’autre. » Et oui, mais cette fois-ci, ça marche.

 De un, parce qu’Emma n’est pas une tête-à-claques. Jusqu’ici, les héroïnes que j’avais rencontrées étaient nunuches, pleurnichardes ou naïves (voire complètement à côté de la plaque). Alors oui, Emma se remet parfois en question et se demande ce qui lui arrive, mais pas toutes les trois phrases. Elle est déterminée et courageuse quand il le faut. Elle se pose les bonnes questions, ne s’apitoie pas trop sur elle-même. Pour une fois dans ce genre de romans, j’ai pris plaisir à découvrir son histoire. C’est une jeune fille brisée par la vie, mais qui sourit toujours aux petits bonheurs que celle-ci lui apporte.
J’ai ri aux répliques d’Emma, qui a son petit caractère, et qui doit survivre dans un monde de mesquinerie, de paillettes et de petites filles gâtées. J’ai trouvé l’humour de l’auteure très bien placé. C’est assez rare qu’un livre jeunesse me fasse rire, j’ai donc été agréablement surprise que cet humour puisse m’atteindre.

« Ashley sortit de sa sacoche un petit échantillon couvert de paillettes et, sans prévenir, m’inonda d’un parfum sucré à vomir.
­­­­­­– Ashley ! On dirait des pets de licorne ! »

 De deux, parce que l’histoire d’Emma et Brendan ne tombe pas comme un cheveu dans la soupe. Oui, ils sont attirés l’un par l’autre, mais ils vont se découvrir petit à petit et apprendre à se connaître. Leur amour a une raison d’être et il évolue de façon logique et mignonne, non pas de façon disproportionnée, comme si elle sortait de nulle part.

 Attention, une fois de plus, je trouve que la 4e de couverture en dit trop (le pourquoi du comment de cette attirance). Même si dans le livre, les révélations arrivent assez vite, je trouve ça un peu dommage. De mon côté, j’ai lu ce roman sans rien en savoir et ça a beaucoup joué. Je suis partie sans a priori et du coup, j’ai vraiment pu apprécier cette histoire. Sincèrement, je me demande si cela vaut vraiment la peine de lire le livre si on a lu le résumé, tant il lève le voile sur l’intrigue ; tout est dit au dos du livre (et surtout ne lisez pas le résumé sur Livraddict qui révèle TOUT).

 Évidemment, ce livre ne révolutionne absolument pas le genre, les ficelles sont assez grosses, et une fois arrivé à la moitié du roman, il n’y a plus de grosses surprises. Bizarrement, la fin est à la fois peu crédible et vraiment prévisible, mais elle conclut assez bien le roman. Il y a du bon et du moins bon, mais dans la catégorie jeunesse/romance paranormale, je pense que Envoûtement occupe une place de choix.

Note : 7/10

Extras
Traductrice : Juliette Bouchery
Première publication : mars 2012
Fiche Bibliomania
Le roman se suffit à lui-même mais une suite est prévue.
Retrouvez Emma et Brendan le 27 mars dans Spellcaster, le tome 2 en VO.

Je remercie Babelio et les éditions Harlequin pour ce partenariat.
Babelio - Masse Critique