Archives de Catégorie: Classique

Fahrenheit 451, de Ray Bradbury

Fahrenheit 451, de Ray Bradbury

Quatrième de couverture

451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif. Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé.

Nbr de pages : 213 / Éditeur : Folio / Titre VO : Fahrenheit 451

Mon avis

Les Noirs n’aiment pas Little Black Sambo. Brûlons-le. La case de l’oncle Tom met les Blancs mal à l’aise. Brûlons-le. Quelqu’un a écrit un livre sur le tabac et le cancer du poumon ? Les fumeurs pleurnichent ? Brûlons le livre. La sérénité, Montag. La paix, Montag. A la porte, les querelles. Ou mieux encore, dans l’incinérateur. Les enterrements sont tristes et païens ? Éliminons-les également.

Encore un « incontournable » qu’il était temps que je découvre. Malheureusement, je suis vraiment passée à côté de ce grand classique. Je suis déçue de ne pas avoir ressenti le même engouement que la plupart des autres blogueurs, d’être restée en simple spectatrice, baillant de temps en temps, au bord de l’ennui, plutôt que de m’indigner avec Montag de cette société de consommation où la littérature est interdite. Un thème qui avait toutes les chances de me convaincre, mais rien dans ce roman n’a pu m’émouvoir, me donner l’envie de lire sans plus m’arrêter.

Le style ne m’a pas plu, les personnages non plus. C’est vrai que vu le sujet abordé, on peut comprendre que la plume soit un peu impersonnelle, mais j’ai trouvé que l’auteur ne nous invitait pas assez dans son histoire, ne nous incluait pas, et je suis restée sur le bord de la route, en espérant qu’à un moment ou à un autre, il allait enfin passer me prendre. Raté ! Et puis Montag, à qui on aimerait pouvoir s’identifier, m’a semblé un peu fade et son changement d’opinion soudain m’a désarçonnée et j’ai eu du mal à y croire. Une révélation ? Oui pourquoi pas…

Heureusement, certains petits passages par-ci par-là sont vraiment brillants. J’adorais tomber sur ces répliques ironiques, ces petites pointes d’esprit sur ce monde très dérangé qui donnent au livre tout son sens. On se rend enfin compte où l’auteur veut en venir et on en reste parfois estomaqué. J’aurais aimé que tout le livre soit de cet acabit, pour qu’il me fasse encore plus réfléchir, qu’il mette le doigt plus souvent là où ça fait mal.

Si vous ne voulez pas qu’un homme se rende malheureux avec la politique, n’allez pas lui casser la tête en lui proposant deux points de vue sur une question ; proposez-lui en un seul. Mieux encore, ne lui en proposez aucun. Qu’il oublie jusqu’à l’existence de la guerre. Si le gouvernement est inefficace, pesant, gourmand en matière d’impôt, cela vaut mieux que d’embêter les gens avec ça.

Aucune scène ne m’a vraiment marquée, les pages défilant sans que l’histoire ne m’atteigne. Je suis déçue car j’en attendais beaucoup plus ; avec un thème pareil, ça aurait pu être une vraie pépite, et parfois ça l’était, mais dans le genre percutant, j’ai trouvé la préface du traducteur bien plus efficace lorsqu’il compare le roman avec ce qu’il se passe dans notre société en ce moment. Bref, un rendez-vous manqué pour moi, mais n’hésitez pas à vous faire votre propre avis, il y a quand même de quoi tirer de fameuses conclusions sur notre mode de vie.

Il y est aussi et surtout question de l’impérialisme des médias, du grand décervelage auquel procèdent la publicité, les jeux, les feuilletons, les « informations » télévisés. Car, comme le dit ailleurs Bradbury, « il y a plus d’une façon de brûler un livre », l’une d’elles, peut-être la plus radicale, étant de rendre les gens incapables de lire par atrophie de tout intérêt pour la chose littéraire, paresse mentale ou simple désinformation. « On ne brûle pas encore les livres, mais on les étouffe sous le silence. […] Pour la raison la plus simple : parce qu’ils n’attirent pas assez de public, parce qu’ils n’entraînent pas assez de publicité, parce qu’ils ne rapportent pas assez d’argent. La dictature de l’audimat, c’est la dictature de l’argent. C’est l’argent contre la culture. »

Ma note : 4/10

Extras
Traducteur : Jacques Chambon
Première publication : 1953 en VO
Fiche Bibliomania

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La ferme des animaux, de George Orwell

La ferme des animaux, de George Orwell


Quatrième de couverture

Un certain 21 juin eut lieu en Angleterre la révolte des animaux. Les cochons dirigent le nouveau régime. Snowball et Napoléon, cochons en chef, affichent un règlement :
« Tout ce qui est sur deux jambes est un ennemi. Tout ce qui est sur quatre jambes ou possède des ailes est un ami. Aucun animal ne portera de vêtements. Aucun animal ne dormira dans un lit. Aucun animal ne boira d’alcool. Aucun animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux. »

Nbr de pages : 151 / Éditeur : Folio / Titre VO : Animal Farm

Mon avis

Un petit classique, de temps en temps ça ne fait pas de mal, bien au contraire. On ne présente plus ni George Orwell ni La ferme des animaux, et pourtant je ne savais pas exactement à quoi m’attendre en commençant cet illustre roman. J’ai apprécié le trait de génie de l’auteur qui de façon détournée, mais pourtant limpide, ouvre les yeux de son lecteur sur tout autre chose qu’une simple révolte d’animaux.

Hé oui, les animaux ont décidé de se révolter et de bannir l’homme de la ferme, car après tout, c’est bien le seul à ne rien produire et les animaux pourraient très bien subvenir ensemble à leurs besoins, sans l’aide de l’homme. Et au début tout est parfait, les animaux s’entraident et se sentent indépendants, travaillent dur oui, mais pour eux-mêmes. Ils édictent même ensemble sept lois, qui malheureusement ne feront pas long feu. Petit à petit, tout va partir en cacahuète.

L’allégorie imaginée ici par Orwell est brillante et montre les dérives de la politique, du pouvoir, des gouvernements. Comment une envie de changement peut mener à la dictature, comment il peut être facile de manipuler la pensée d’autrui à coups de beaux discours. Les animaux finissent par gober n’importe quoi et cela fait réfléchir sur l’art de la propagande.

« Vous n’allez tout de même pas croire, camarades, que nous, les cochons, agissons par égoïsme, que nous nous attribuons des privilèges. En fait, beaucoup d’entre nous détestent le lait et les pommes. C’est mon propre cas. […] Nous sommes, nous autres, des travailleurs intellectuels. La direction et l’organisation de cette ferme reposent entièrement sur nous. De jour et de nuit nous veillons à votre bien. Et c’est pour votre bien que nous buvons ce lait et mangeons ces pommes. »

Peu férue d’histoire, je ne savais pas que ce roman faisait directement référence à la Révolution russe, la création de l’URSS et la montée au pouvoir de Staline, mais la critique de l’homme au pouvoir, de ses déviances, du  totalitarisme est par contre flagrante et ce livre est vraiment à la portée de tous.

Il n’y avait plus maintenant qu’un seul Commandement. Il énonçait : Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d’autres.

J’ai bien aimé ce petit livre qui pousse à la réflexion, les idées qu’il véhicule et la morale de l’histoire, mais je l’ai pourtant trouvé un peu longuet et le style d’Orwell ne m’a pas semblé des plus fluides avec plusieurs longueurs qui ont parfois failli m’endormir (les animaux reconstruisent trois fois le moulin, les négociations avec les fermes voisines n’en finissent pas). Mais sans nul doute un livre à lire, pour voir l’histoire d’un autre œil, si ce n’est pas déjà le cas.

Note : 7/10

Extras
Traducteur : Jean Quéval
Première publication VO en 1945
Fiche Bibliomania
Il y a eu deux autres traductions avant celle-ci,
sous les titres Les animaux partout et La République des animaux.
À lire en écoutant l’album Animals de Pink Floyd, reprenant les grandes lignes du roman : le cynisme, l’agressivité, la critique de l’homme en utilisant des archétypes animaux.
La couverture représente une partie de L’intrigue, de James Ensor, qui correspond parfaitement, je trouve, à la dernière phrase du roman.

Les Hauts de Hurle-Vent, d’Emily Brontë


Mon résumé

La vie de Catherine et Hindley va être bouleversée lorsque leur père rentre un soir avec un petit orphelin tout sale, qu’il nomme Heathcliff. Hindley n’aura de cesse toute sa vie de détester cet intrus, Catherine de l’aimer de tout son être.

 

Mon avis

Qui n’a jamais entendu parler d’Emily Brontë et de son célèbre roman Les Hauts de Hurle-Vent ? Bien peu de monde certainement, mais avant d’ouvrir ce livre, je n’avais pourtant aucune idée de ce qui m’attendait. Un conte sur les mœurs de l’époque ? Une histoire d’amour ? Un récit de vie ?

Les Hauts de Hurle-Vent, c’est avant tout l’histoire de Catherine et d’Heathcliff, l’histoire d’un amour fou mais inachevé, qui tortura leur âme. Un amour que la mort ne put éteindre, qui ravagea tout et rendit Heathcliff si misérable que seul le désir de vengeance finit par l’habiter.

« Catherine Earnshaw, puisses-tu ne pas trouver le repos tant que je vivrai ! Tu dis que je t’ai tuée, hante-moi, alors ! Les victimes hantent leurs meurtriers, je crois. Je sais que des fantômes ont erré sur la terre. Sois toujours avec moi… prends n’importe quelle forme… rends-moi fou ! mais ne me laisse pas dans cet abîme où je ne puis te trouver. Oh ! Dieu ! c’est indicible ! je ne peux pas vivre sans ma vie ! je ne peux pas vivre sans mon âme ! »

La lecture des premiers chapitres fut un peu lente ; un jeune homme arrive à Hurle-Vent et découvre ses habitants, dont Heathcliff, un homme asocial, bourru. Une domestique, Mrs Dean, se lance alors  dans le récit de la vie d’Heathcliff et des personnes qui l’ont côtoyé. Il faut du temps avant que l’histoire démarre, mais une fois lancée, c’est un régal de découvrir des personnages si complexes, si vivants, si puissants. Comme l’histoire des Hauts de Hurle-Vent s’étale sur trois générations, on apprend à les connaître presque parfaitement : on découvre la plupart à leur naissance et on les perd à leur mort. Ainsi, il ne s’agit pas d’une seule histoire, mais de plusieurs : celle du vieux Earnshaw qui rencontre le petit Heathcliff et décide de l’adopter, celle de l’amour déçu entre Catherine et Heathcliff et enfin celles de leurs enfants.

Le plus captivant dans ce roman, c’est de voir ce dont un homme est capable de faire par amour ou plutôt par dépit, par tristesse. Emily Brontë nous décrit l’âme humaine dans tout ce qu’elle a de plus sombre, de plus misérable. Chacun des personnages qu’elle nous dessine prend vie sous nos yeux et ne nous laisse pas de marbre. Leur ambiguïté est stupéfiante. Il est aussi facile de comprendre Heathcliff que de le haïr, d’en vouloir à Catherine que de lui pardonner, d’admirer Cathy que de la trouver mesquine. Je suis passée par tous les sentiments avec eux, une seconde je les aimais, l’autre je les méprisais, une page je les plaignais, l’autre je riais de leur sort. Et pour cela, je trouve que ce roman est un chef d’œuvre, unique en son genre.

Malheureusement, un point m’a déçue : le fait de connaître le déroulement des événements à l’avance. En effet, il y a au début du livre un petit arbre généalogique grâce auquel j’ai facilement identifié les personnages que je rencontrais au début du roman. Il était alors très utile. Mais au fil des pages, certains personnages vont mourir, se marier, avoir des enfants qui eux aussi vont se marier. Et une fois le petit arbre mémorisé, il est difficile de ne pas se dire après à peine quelques chapitres : « Comment ? Machin truc va se marier avec Bidule ? Heen non ! » Et d’attendre le moment fatidique où cela arrive. Je n’ai donc eu aucune surprise, aucune attente, et c’est vraiment très dommage, car j’en aurais d’autant plus apprécié la lecture.

Mis à part ce petit désagrément, j’ai vraiment été conquise par ce roman. Lire un classique n’est pas coutume pour moi, mais cette fois je ne le regrette pas du tout. Cela change de ce que je lis, et c’est agréable une fois de temps en temps. C’est pourquoi je pense continuer sur ma lancée avec Charlotte Brontë et Jane Austen.

Note : 7,5/10

Extras
Traducteur : Frédéric Delebecque
Première publication en 1847
Prévu : Charlotte Brontë et Jane Austen
Fiche Bibliomania

Défi La Plume au Féminin