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Le mec de la tombe d’à côté, de Katarina Mazetti

Le mec de la tombe d'à côté, de Katarina Mazetti
Mon résumé

Désirée, petite bibliothécaire citadine, vient de perdre son mari et se rend régulièrement sur sa tombe. Benny, fermier depuis son plus jeune âge, vient de perdre sa maman et se rend lui aussi régulièrement sur sa tombe. C’est dans cet endroit atypique qu’ils vont se rencontrer, s’apprivoiser et s’aimer malgré le fossé culturel qui les sépare.



Mon avis

Quelle bonne surprise ce roman ! Je ne m’attendais pas du tout à cet éclat de fraicheur et d’humour. Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de belle histoire d’amour, et celle-ci, malgré toute sa bizarrerie, a réussi à m’émouvoir.

D’abord, je ne m’attendais pas à ça, car je pensais que les protagonistes étaient deux petits vieux qui se rencontraient au cimetière et surmontaient ensemble leur deuil. Rien à voir donc avec le mélange de haine, de sexe, d’amour puissant, de déception qui anime la relation de Désirée et Benny, tous deux la trentaine. Et il n’est pas vraiment question de surmonter un deuil étant donné que Désirée n’éprouvait pas grand-chose de plus qu’une affection fanée pour son mari.

« Mon béguin pour lui avait disparu avant même qu’on se marie. Il s’était évaporé comme disparaît un bronzage – qui se rend compte de ces choses là ? – mais contrairement au bronzage il n’est jamais revenu. »

Ensuite, j’ai été agréablement surprise du ton humoristique et original du roman. J’ai rarement l’occasion d’en lire, mais j’apprécie tout particulièrement les livres à plusieurs voix. Celui-ci est construit en petits chapitres alternant le point de vue de Désirée et celui de Benny. Et Katarina Mazetti a réussi à donner une personnalité, une façon de s’exprimer et de penser propre à chacun : le ton posé et l’incertitude constante de Désirée, le langage de charretier plein d’humour de Benny.

Et puis il y a aussi l’évolution de leur relation qui est intéressante. À première vue, ils se détestent, tout chez Désirée rebute Benny et inversement. Et pourtant, l’échange d’un sourire va tout changer. Il n’y a d’abord que l’attirance physique, le sexe qui donne à Désirée comme une nouvelle bouffée de vie, puis l’attirance se transforme en besoin de l’autre, de sa présence, et devient de l’amour. Avec son lot de complications. Car aucun n’est prêt à sacrifier sa petite vie pour l’autre. Et ils ne sont définitivement pas faits pour être ensemble, c’est ça la beauté du truc.

Désirée
« À côté de la pierre tombale d’Örjan, il y a une stèle funéraire monstrueuse, oui, carrément vulgaire ! »

Benny
« Putain, je ne peux pas la blairer, je ne peux vraiment pas la blairer ! Pourquoi elle est tout le temps assise là ? […]
Elle a tout l’air de quelqu’un qui lit sans arrêt de son plein gré. De gros livres, avec des petits caractères et sans images. »

Désirée
« Mais je n’étais pas préparée à ce que l’enveloppe du spermatozoïde ait un tel sourire! L’ovule se mit à frétiller en moi, à bondir, à clapoter, à faire des sauts périlleux et à envoyer des signaux: « Par ici ! Par ici ! » »

Benny
« Et j’étais tombé amoureux d’elle.
Ce n’était pas exactement un déclic. Plutôt comme quand je touche la clôture électrique sans faire gaffe. »

Désirée
« Mes mains me paraissaient vides quand il n’était pas dedans. »

Benny
« On ne loue pas un film, on ne réussit jamais à se mettre d’accord sur le choix. On en loue toujours deux. Ensuite elle va chercher son fourre-tout fleuri pendant mon film, et moi je m’endors pendant le sien.
On va aussi bien ensemble que la merde et les pantalons verts, comme disait mon grand-père. Et je ne veux pas que ça s’arrête. »

Je n’ai pas vu le temps filer en lisant, je riais toute seule. Sans qu’il ne se passe vraiment grand-chose, on a l’impression d’avoir partager un petit bout de vie avec les personnages et on regrette de les quitter à la fin. Quand c’est le cas, c’est que l’auteur a vraiment réussi son pari. Malgré tout le plaisir que j’ai pris, la fin m’a tout de même un peu déçue. Je ne suis pas une adepte des fins sans fin, mais ouf, j’ai découvert par la suite que les aventures de Désirée et Benny n’étaient pas terminées et qu’on les retrouvait pour savoir le fin mot de l’histoire dans Le caveau de famille.

Note : 9/10

Extras
Katarina Mazetti est née en 1944 en Suède.
Traduction (excellente !) du suédois
de Lena Grumbach et Catherine Marcus
Publication VO en 1999 et en français en 2006
Fiche Bibliomania
Prévu : Le caveau de famille

Ce livre a été lu dans le cadre d’une Lecture Commune avec d’autres Livraddictiens :
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Défi La Plume au Féminin

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